Le dégrappage
Introduction
Le monde du vin est fait de nombreux gestes précis et attentifs qui influencent grandement la qualité finale du produit. Parmi eux, le dégrappage, une pratique manuelle minutieuse, se révèle être un véritable atout pour obtenir des vins remarquables. Zoom sur ce geste essentiel, particulièrement prisé dans les vignobles valaisans.
© Ca "Valais" le détour
Qu'est-ce que c'est le dégrappage ?
Le dégrappage, aussi appelé vendanges vertes ou vendange en vert, est une opération précise consistant à supprimer manuellement certaines grappes de raisin jugées indésirables. Ces grappes peuvent être mal placées (exposition au soleil insuffisante), mal formées (taille irrégulière ou développement insuffisant), endommagées par des maladies ou simplement trop nombreuses sur un cep. Cette pratique sélective permet de contrôler efficacement le rendement et de concentrer l'énergie de la vigne sur les grappes restantes, favorisant ainsi leur maturation optimale. Le dégrappage implique une évaluation détaillée de chaque grappe, nécessitant un œil exercé, une expertise attentive et une grande patience.
Importance du dégrappage pour la qualité du vin
Le dégrappage joue un rôle fondamental pour assurer la qualité supérieure du vin final. En supprimant les grappes superflues ou déficientes, on permet à la vigne de concentrer toutes ses ressources vers les grappes sélectionnées. Ce geste garantit une meilleure maturation des baies, une augmentation des sucres naturels, une amélioration de la richesse aromatique et un équilibre optimal entre acidité et tannins. Résultat ? Des vins plus structurés, plus complexes et fidèles à leur terroir.
Les étapes pour un dégrappage réussi
À quelle période de l'année faut-il dégrapper ?
Le dégrappage s’effectue à plusieurs moments clés du cycle de la vigne. Il peut débuter dès le stade dit du « petit pois », lorsque les baies commencent à se former, et s’étendre jusqu’à la véraison, moment où le raisin change de couleur. À ce stade, le dégrappage permet notamment de supprimer les grappes à maturation retardée, comme les grosses grappes ou les épaules peu exposées. Plus tard, juste avant ou pendant la vendange, il peut encore être pratiqué pour éliminer les grappes abîmées ou insuffisamment mûres, notamment celles touchées par des maladies ou présentant un état sanitaire douteux.
Idéalement, la charge de la vigne est régulée avant la véraison afin d’éviter que des grappes trop sucrées jetées au sol n’attirent les drosophiles ou d’autres nuisibles dans la parcelle. Lorsque le dégrappage est réalisé après la véraison, il est recommandé d’évacuer les grappes supprimées en dehors de la vigne pour ne pas compromettre la santé de la récolte restante.
Quelles différentes techniques existent pour bien dégrapper ?
Le dégrappage manuel : technique la plus courante et précise, consistant à inspecter chaque cep individuellement et à supprimer délicatement les grappes inutiles ou déficientes à l'aide d'un sécateur.
Le dégrappage sélectif : approche plus ciblée où seules certaines grappes spécifiques, identifiées par le vigneron pour des raisons particulières (mauvaise exposition, taille insuffisante), sont supprimées.
Le dégrappage systématique : réalisé de manière uniforme sur toutes les vignes d'un même cépage pour contrôler rigoureusement les rendements.
Faut-il dégrapper tous les cépages ?
Le dégrappage est bénéfique pour de nombreux cépages, surtout ceux à tendance productive élevée comme le Chasselas, ou sensibles à la surproduction. Toutefois, certains cépages à faible rendement naturel ou à maturation délicate, tels que le Pinot Noir ou certains cépages anciens, nécessitent une approche plus douce ou moins intensive, adaptée aux particularités variétales.
© Xavier Lambours
Avantages et inconvénients du dégrappage
Parmi les avantages majeurs, on note une nette amélioration de la qualité des raisins et donc du vin final. En revanche, cette pratique présente l'inconvénient d'être chronophage et coûteuse, exigeant une main-d'œuvre importante et qualifiée. Toutefois, nombreux sont les vignerons prêts à investir ce temps et cette énergie pour un vin de haute qualité.
Le dégrappage en Valais
En Valais, le dégrappage est largement pratiqué, en particulier dans les zones où les rendements naturels sont élevés ou dans les parcelles jeunes. Chaque vignoble, de la plaine du Rhône aux terrasses plus escarpées, demande une adaptation selon le cépage, le type de sol ou l’exposition. Cette opération est un outil concret de régulation de la charge, permettant d’obtenir une maturité plus homogène et de respecter les exigences qualitatives de l’AOC.
Le relief valaisan, souvent contraignant, rend le travail plus physique et demande une bonne organisation. Le savoir-faire acquis localement permet aux viticulteurs de cibler leur intervention en fonction des conditions de l’année, du type de vin recherché ou de la destination du raisin (vinification, assemblage, etc.).
© Olivier Maire
Conclusion
Ainsi, le dégrappage est bien plus qu'une simple technique viticole ; il est un véritable art qui combine précision, savoir-faire ancestral et passion. Ce geste discret mais essentiel incarne l'engagement profond des vignerons à produire des vins remarquables et authentiques. À chaque dégustation, souvenons-nous de ce soin minutieux apporté à chaque grappe, symbole d’un vin riche en caractère et fidèle à son terroir. Santé !